Pays dogon
Outre l'architecture, l'intérêt que présente le pays des
Dogons tient à l'extrême richesse de leurs mythes et de leurs rites. Pour ce
peuple, l'univers a été créé par Amma, le Verbe de Dieu, lequel engendra des
jumeaux : Nommo, le Dieu d'Eau, maître de la vie et le Renard Pâle, incarnation
de la révolte, de l'inceste et du désordre, mais aussi de l'émancipation
individuelle hors des normes sociales. Ces deux principes complémentaires, et
les oppositions qui en découlent (vie/mort, jour/nuit, homme/femme,
sécheresse/humidité), régissent tous les aspects de la culture et de la vie
matérielle des Dogon. Chaque masque remplit une fonction sociale. Les sauts
périlleux des guerriers qui lancent leurs flèches vers le ciel ou bran dissent
leur fusil en prenant à partie les mauvais génies sont autant de gestes réglés
comme une horloge, destinés à faciliter l'entrée du défunt dans l'univers des
ancêtres, à la fois parallèle et complémentaire de celui des vivants.
Le culte des morts est un élément essentiel de la religion dogon. Lors des
cérémonies funèbres, et plus tard lors des "levées de deuil ", les
masques sculptés par les danseurs se mettent à vivre, transmettant de
génération en génération les mythes essentiels. Pour les voyageurs qui ont la
chance d'y assister, ces danses constituent un superbe spectacle mais aussi
par-delà l'aspect folklorique, un événement bouleversant car il touche à
l'essence même d'un peuple.
Mais la plus grande cérémonie dogon, celle qui pare du plus de prestige
l'initie qui y a assisté est le Sigui. Lorsque le masque du même nom, haut de
sept mètres se met danser, le corps de celui qui le porte est animé par la
respiration même du premier souffle de la création. Le visiteur devra hélas
s'armer d'une patience à toute épreuve s'il veut assister à ce spectacle car
cette cérémonie dont la dernière eut lieu en 1974 ne se reproduit que tous les
soixante ans.
Pourtant, même s'il ne fait qu'un bref séjour
en pays dogon, le voyageur gardera le souvenir d'un peuple fier, parfois
farouche, dur à la peine qui n'hésite pas à travailler sans relâche sur de
minuscules parcelles où la terre a été apportée à dos d'homme -- mais aussi
d'un peuple qui veille sur ses traditions, sachant ce qu'elles représentent
pour lui : son plus précieux trésor. Les Dogon s'étonnent du reste de l'intérêt
quelque peu envahissant que leur civilisation suscite chez les étrangers. Ils
ne comprennent pas que leurs villages soient devenus des "musées vivants
" dont on voudrait fouiller l'âme. Bref, ils ne comprennent pas qu'on
cherche à les comprendre.